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La Cuillère d’Or : derrière les fourneaux, le talent au féminin

La Cuillère d’Or : derrière les fourneaux, le combat des femmes pour leur place en gastronomie

Trois heures pour convaincre. Trois heures pour créer, cuisiner, dresser et faire la différence. Le 9 novembre prochain, les cuisines de l’école Ferrandi, à Paris, deviendront le théâtre de la finale de la Cuillère d’Or. Un concours gastronomique réservé aux femmes, où derrière la compétition culinaire se joue aussi une autre bataille : celle de la reconnaissance des talents féminins dans un univers encore largement masculin.

Le compte à rebours sera lancé. Dans les cuisines de Ferrandi, les candidates auront trois heures pour présenter leur travail aux membres du jury. Trois heures pour transformer des produits imposés en une assiette capable de convaincre les professionnels réunis pour cette finale.

Cette année, le défi porte un nom évocateur : « Infiniment Mer ».

Pour le trophée cuisine, les candidates devront travailler la moule de bouchot et la langoustine pour l’entrée, puis le lieu jaune pour le plat. Deux garnitures seront également imposées : l’une autour de l’artichaut et des carottes des sables, l’autre autour du champagne rosé. Une variété d’algues devra compléter la création.

En pâtisserie, le défi sera différent mais tout aussi exigeant. Chocolat, poudre d’algues, champagne rosé et cédrat devront composer un dessert original.

Au-delà des ingrédients, les candidates devront surtout faire preuve de personnalité.

Trois heures pour faire ses preuves

Dans un concours de ce niveau, chaque minute compte. La préparation doit être pensée avant même l’entrée en cuisine. Les gestes doivent être précis, les cuissons maîtrisées et le dressage suffisamment rapide pour permettre aux assiettes d’arriver devant le jury dans les temps.

Mais la Cuillère d’Or ne cherche pas uniquement la performance technique.

Créé en 2010 par Marie Sauce-Bourreau, le concours est né d’un constat : les femmes sont nombreuses à travailler dans la cuisine et la pâtisserie, mais restent moins visibles lorsqu’il s’agit d’accéder aux sphères les plus prestigieuses de la gastronomie.

Le concours veut donc offrir aux candidates un espace où elles peuvent se mesurer, se faire connaître et surtout prendre confiance.

« La Cuillère d’Or est un espace où l’on ose enfin s’exprimer pleinement à travers sa cuisine et affirmer son talent », explique Marie Sauce-Bourreau.

Pour la fondatrice, la compétition doit être un tremplin. Une première étape avant d’oser participer à d’autres concours, parfois mixtes, et de prendre davantage de place dans le monde gastronomique.

Une compétition, mais aussi une aventure collective

Le paradoxe est peut-être là : la Cuillère d’Or est un concours, donc une compétition, mais son organisation revendique également des valeurs de solidarité et de transmission.

Les candidates ne viennent pas seulement chercher un prix. Elles viennent aussi rencontrer d’autres professionnelles, partager leurs expériences et se confronter à des personnalités reconnues de la gastronomie.

Cette dimension collective est au cœur du projet porté par Marie Sauce-Bourreau. Dans un secteur souvent associé à la pression et à la compétition, la Cuillère d’Or veut faire émerger un autre modèle : celui d’une réussite qui passe aussi par l’entraide.

Des grandes figures de la gastronomie pour les accompagner

Pour cette édition 2026, plusieurs personnalités reconnues du monde de la gastronomie seront présentes.

La cheffe Danielle Crost, propriétaire du Castor Gourmand à Crémieu, sera la présidente d’honneur du concours. Son parcours l’a conduite dans plusieurs grandes maisons avant qu’elle ne crée son propre établissement en 1995.

Sylvie Pion, directrice du Centre Interarmées de Soutien Restauration Loisirs du ministère des Armées, sera la marraine de cette édition. Elle voit dans le concours des valeurs communes avec celles de la restauration des armées : l’exigence, l’engagement et la fraternité.

Pour le trophée cuisine, le jury sera présidé par Pierre Caillet, Meilleur Ouvrier de France et chef propriétaire de la Maison Caillet, au Bec au Cauchois.

La présidence du trophée pâtisserie sera assurée par Noémie Honiat, pâtissière, championne de France du dessert et ancienne candidate de Top Chef.

À leurs côtés, plusieurs professionnels reconnus, dont des Meilleurs Ouvriers de France, des chefs, des pâtissiers et des spécialistes des produits, participeront à l’évaluation des candidates.

Mais que représente réellement un concours 100 % féminin ?

La question est incontournable.

Pourquoi, en 2026, organiser encore un concours réservé aux femmes ?

Pour la Cuillère d’Or, la réponse tient dans la réalité du milieu gastronomique. Si les femmes sont présentes dans les cuisines, elles demeurent moins représentées dans les postes les plus visibles et dans certaines sphères de l’excellence culinaire.

Le concours se présente donc comme un espace temporairement différent, dans lequel les candidates peuvent se mesurer entre elles sans avoir à se demander si leur légitimité sera remise en question.

Mais l’objectif affiché n’est pas de rester entre femmes.

Au contraire, la Cuillère d’Or veut servir de tremplin vers une gastronomie plus large. L’idée est que les candidates puissent ensuite prendre leur place dans des concours mixtes et dans les établissements où elles seront jugées avant tout sur leur talent.

Le véritable enjeu se trouve peut-être après la finale

Une médaille, un trophée ou un titre peuvent changer une carrière. Mais pour Marie Sauce-Bourreau, la réussite du concours ne se mesure pas uniquement au classement final.

Elle se mesure aussi à ce qui arrive ensuite.

Une candidate qui ose présenter son travail, qui gagne en confiance, qui rencontre un chef, qui développe son réseau ou qui se décide à participer à une nouvelle compétition a déjà franchi une étape.

La Cuillère d’Or devient alors plus qu’un concours gastronomique : un lieu de passage.

Le jour de la finale, les assiettes raconteront aussi des parcours

Le 9 novembre, les cuisines de Ferrandi seront donc au centre de toutes les attentions.

Pendant trois heures, les candidates devront composer avec les contraintes, la pression du chronomètre et le regard du jury. Mais derrière chaque assiette se trouvera également une histoire personnelle : des années de formation, des heures passées en cuisine, des doutes, des sacrifices et l’envie de se faire une place.

À la fin de l’épreuve, les jurés goûteront les créations et devront départager les candidates.

Mais quel que soit le nom de la gagnante, la compétition aura déjà rempli une partie de son objectif : donner à ces femmes une scène pour montrer ce dont elles sont capables.

Après la compétition, la soirée se poursuivra au restaurant immersif Under the Sea, imaginé par Jade Frommer et Annaïg Ferrand. Un décor sous-marin pour prolonger, autrement, le thème « Infiniment Mer ».

Les cuisines laisseront alors place à la célébration.

Et derrière les trophées remis ce soir-là restera une question qui dépasse largement les murs de Ferrandi : combien de femmes talentueuses la gastronomie française compte-t-elle encore sans leur donner suffisamment de visibilité ?

La Cuillère d’Or tente, à sa manière, d’apporter une réponse.

Le 9 novembre, il faudra donc regarder les assiettes. Mais il faudra aussi regarder celles qui les ont préparées.

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