etLe Prieuré-Baumanière : le goût d’un dernier été
À Villeneuve-lès-Avignon, le Prieuré-Baumanière cultive une certaine idée de l’élégance provençale. Le temps d’un déjeuner à La Petite Table, entre cuisine à la braise et douceur des derniers jours d’été, notre road trip prend des allures de parenthèse enchantée.

Il y a des étapes que l’on inscrit sur une carte. Et puis celles que l’on garde en mémoire.
Sur les routes de Provence, alors que l’été commence doucement à céder sa place à l’automne, nous faisons halte à Villeneuve-lès-Avignon. Quelques minutes à peine depuis Avignon, et déjà l’impression de changer de rythme.
Derrière les pierres blondes de la cité médiévale se cache le Prieuré-Baumanière, maison cinq étoiles et membre de Relais & Châteaux, installée dans un ancien lieu chargé d’histoire. Acquis par la famille Charial en 2007, le Prieuré cultive depuis une élégance discrète, presque naturelle : celle des maisons qui n’ont pas besoin d’en faire trop pour impressionner.
Ici, le décor se découvre lentement. Un jardin de curé. Des treilles de glycines. La pierre ancienne. Quelques chambres à peine visibles derrière les feuillages. Et cette lumière méridionale qui, au début de l’automne, possède une douceur particulière.
Un jardin, une table, les derniers beaux jours

C’est précisément cette lumière que nous sommes venus chercher.
Pour notre étape, pas de dîner gastronomique ni de grand cérémonial. Nous prenons place à La Petite Table du Prieuré, la version bistro du restaurant, pensée pour le déjeuner autour d’une cuisine de saison et de cuissons à la braise. Le concept assume une élégance plus décontractée : les produits passent au feu devant les convives, dans un esprit de partage.
Et quel plaisir de retrouver, en ce début d’automne, quelque chose du goût de l’été.
La terrasse est encore baignée de soleil. Les assiettes arrivent. Le déjeuner commence.
Poireaux mimosa, truffe d’automne, poutargue

La première assiette joue la carte du contraste.
Le poireau, tendre et délicat, rencontre la puissance aromatique de la truffe d’automne. La poutargue apporte sa salinité, tandis que la vinaigrette réveille l’ensemble.
Une entrée qui semble simple à première vue, mais qui révèle rapidement une construction beaucoup plus précise.
Le produit reste au centre. Les saveurs se répondent.
Et l’on retrouve déjà ce qui caractérise la cuisine de Christophe Chiavola : une recherche d’équilibre, de fraîcheur et de relief. Le chef revendique une cuisine d’instinct, épurée, avec une attention particulière portée à l’acidité, au croquant et aux justesses de cuisson.
Le feu comme signature

Puis arrive le poulpe.
Poulpe, chorizo, tomates confites, pois chiches, sauce ponzu.
Une assiette qui voyage.
Le caractère du chorizo.
La douceur presque confite de la tomate.
Le pois chiche, plus terrien.
Et le ponzu qui apporte cette touche d’acidité et de fraîcheur qui évite à l’ensemble de devenir trop attendu.
À La Petite Table, la braise est plus qu’un mode de cuisson : elle donne une identité au déjeuner. Le poulpe, les poissons, les viandes et les légumes sont préparés au feu de bois, dans une cuisine plus spontanée que celle du dîner étoilé, mais qui conserve la patte du chef.
Christophe Chiavola, l’instinct et la précision

Depuis mai 2023, Christophe Chiavola dirige les cuisines du Prieuré-Baumanière. Son parcours l’a déjà conduit à plusieurs maisons étoilées, notamment au Hameau des Baux puis au Château de Massillan. Au Prieuré, il retrouve rapidement une étoile Michelin, décrochée en 2024, quelques mois seulement après son arrivée.
Sa vision est claire.
« Pour moi, la cuisine est un spectacle, les clients doivent se dire “wahou” ! », explique-t-il.
Mais derrière le spectaculaire, il recherche surtout la précision : des associations parfois audacieuses, une acidité assumée, des cuissons maîtrisées, des jus travaillés, et cette volonté de laisser une vraie empreinte personnelle dans chaque assiette.
À La Petite Table, cette signature se fait simplement plus libre. Le déjeuner se veut vivant, généreux, accessible dans son esprit. On partage les plats — ou pas. On profite du jardin et on laisse le temps passer.
Une maison qui sait retenir l’été

Au fond, c’est peut-être cela qui nous séduit le plus au Prieuré. Cette capacité à faire cohabiter plusieurs temporalités.
L’histoire et le contemporain. Le raffinement et la décontraction. Le dîner étoilé et le déjeuner à la braise.
La Provence éternelle et une cuisine qui regarde ailleurs.
Le Prieuré compte aujourd’hui 36 chambres et suites réparties dans trois bâtisses — le Prieuré, le Chapitre et l’Atrium — chacune proposant sa propre atmosphère, entre éléments anciens et lignes plus contemporaines.
Mais c’est peut-être dans le jardin que l’esprit de la maison s’exprime le mieux.
Une table dressée sous les feuillages. Un rayon de soleil sur une façade de pierre. Le murmure de l’eau.
Un dernier café. Et soudain, l’automne paraît encore bien loin.
À l’année prochaine
Puis vient le moment de reprendre la route. La Provence nous attend encore, mais cette halte laissera une impression particulière : celle d’avoir attrapé l’été juste avant qu’il ne disparaisse.
Dans quelques semaines, la maison entrera dans une autre saison. Le jardin changera de lumière.
Les terrasses retrouveront leur silence. Et le Prieuré refermera doucement cette parenthèse estivale avant de préparer la prochaine.
Nous, nous repartons avec le souvenir d’un déjeuner à la braise, d’une cuisine sincère et précise, et de cette douceur très particulière des fins de saison.
Et l’on se dit déjà : à l’année prochaine.
À la réouverture, à la fin du mois de mars, pour découvrir une nouvelle saison du Prieuré-Baumanière.
Parce que certaines adresses ne se quittent jamais tout à fait.
On les laisse derrière soi…
avec l’envie très précise d’y revenir.