« Ceux que nous sommes » : l’univers polyphonique de Fabien Verschaere
Il existe des artistes qui ne se contentent pas de représenter le monde, mais qui en
déplacent subtilement les contours. Fabien Verschaere appartenait à cette famille
rare. Son œuvre s’est construite dans un espace intermédiaire, presque suspendu,
où les souvenirs, les mythologies personnelles et les imaginaires collectifs
s’entrelacent sans hiérarchie.
Un univers à la frontière du réel

Né en 1975, formé aux Beaux-Arts de Paris et de Nantes, il a très tôt imposé une écriture plastique reconnaissable entre toutes. Chez lui, les influences circulent librement : iconographie médiévale, culture populaire, bande dessinée, références psychanalytiques ou encore fragments de contes enfantins. Rien n’est figé, tout est transfiguré. Dans ses œuvres, l’artiste apparaît souvent lui-même, multiplié, déformé, travesti. Figures de clowns, d’anges ambigus ou de personnages hybrides composent une galerie intime où l’identité devient terrain de jeu autant que territoire
d’interrogation. Peindre, pour lui, relevait moins de la représentation que d’une tentative d’ancrage dans le monde.
Une œuvre comme espace de circulation

Au fil des années, Fabien Verschaere a développé un langage visuel d’une intensité singulière, où l’excès et la délicatesse cohabitent sans contradiction. Chaque œuvre semble fonctionner comme un organisme vivant, traversé par une énergie intérieure, presque instinctive. Avec le projet Ceux que nous sommes, cette dynamique s’est élargie. L’univers personnel de l’artiste s’est ouvert à d’autres sensibilités, donnant
naissance à un ensemble polyphonique, fait de résonances et de frottements.
L’exposition devenait alors un lieu de passage, où les récits individuels se répondent
et se transforment. Dans cet espace, abstraction et figuration dialoguent, les formes
s’entrechoquent, les mémoires se superposent. Rien n’est stable, tout circule. Le spectateur n’est plus face à une image, mais au cœur d’un mouvement.
L’absence et la persistance
La disparition brutale de Fabien Verschaere a laissé une impression de suspension, comme si le geste avait été interrompu en plein élan. Une œuvre qui semblait encore
en train de se déployer se trouve soudain figée dans une tension inachevée. Quelques jours après sa disparition, la médaille de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, qui devait lui être remise de son vivant, lui a été décernée à titre
posthume. Un geste solennel, chargé d’émotion, venu consacrer un parcours singulier et une voix artistique profondément personnelle. Mais au-delà des distinctions, l’essentiel demeure ailleurs. Dans la puissance silencieuse des œuvres, dans leur capacité à continuer de circuler, à troubler, à émouvoir. Dans ce lien invisible qu’elles tissent avec ceux qui les regardent.
Fabien Verschaere entretenait avec son galeriste, Laurent Rigail, une relation rare, fondée sur la confiance et une compréhension mutuelle presque instinctive. Ensemble, ils avaient construit un espace de liberté, où l’œuvre pouvait se déployer sans contrainte, dans sa complexité la plus juste.
Aujourd’hui, son travail continue de vivre dans ce qu’il a de plus essentiel : sa capacité à ouvrir des passages. Rien n’y est clos, rien n’y est définitif. Ses images persistent comme des fragments de mémoire active, des éclats de récits que chacun poursuit à sa manière. Et c’est peut-être là que réside sa véritable présence : dans cette façon unique de transformer le regard, et de laisser, derrière lui, non pas une conclusion, mais une résonance.
« Ce que nous sommes »
Exposition prolongée jusqu’au 2 mai 2026.
GALERIE LAURENT RIGAIL
40 rue Volta 75003 Paris
contact@laurentrigail.com
+33 1 42 77 09 00
Exposition « 1+1=11 » à partir du 18 avril 2026, conçue en partenariat avec le
Centre Pompidou et le Domaine de Chamarande
Musée Parcelle 473 à Montpellier : www.parcelle473.com