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Une cheffe, deux cultures : Alessandra Montagne-Gomes

Alessandra Montagne-Gomes, une cheffe et sa cuisine sincère

Née à Rio de Janeiro, Alessandra Montagne-Gomes a grandi chez ses grands-parents, maraîchers et producteurs de volaille. Dans cette ferme familiale, rien ne se perdait. Tout était cultivé, élevé, transformé sur place. L’autosuffisance n’était pas une tendance, mais un mode de vie.

Cette enfance au contact direct de la terre a profondément marqué sa vision de la cuisine : une cuisine responsable, écologique, attentive au produit et respectueuse du vivant.

Pourtant, son parcours n’a rien de linéaire. Elle étudie d’abord les sciences de l’éducation et devient institutrice. En 1999, elle quitte le Brésil pour Paris afin d’apprendre le français à la Sorbonne. Elle pense rester quelques mois. Elle ne repartira pas.

À son arrivée, elle travaille comme assistante de direction. La cuisine, à ce moment-là, reste une passion intime. « Je n’étais pas du tout cheffe », raconte-t-elle. « La cuisine est arrivée un peu par hasard. »

En 2004, le déclic se produit. Elle décide de se former sérieusement, intègre l’école hôtelière Jean Drouant et obtient ses CAP de cuisine et de pâtisserie. Une reconversion exigeante, guidée par une certitude : la cuisine est un langage universel.

« Pour moi, la cuisine, c’est un moment de partage. C’est l’amour. C’est donner. »

De la technique française aux racines brésiliennes

Elle se forme auprès de professionnels reconnus : Benoît Castel à la Grande Épicerie de Paris, William Ledeuil, puis Adeline Grattard. Elle apprend la précision, la rigueur, la maîtrise des cuissons.

Mais son identité reste profondément brésilienne.

« Toute la technique que j’ai apprise en France, je la mélange avec mes traditions. Le riz, les haricots, les bouillons, les saveurs… »

Sa cuisine devient un pont entre deux cultures : la structure française et la chaleur brésilienne. Une cuisine sincère, vivante, qui privilégie l’émotion à la démonstration.

En 2005, elle ose se lancer. Avec les économies qu’elle a mises de côté, elle ouvre son premier restaurant. « C’était mon rêve. Je me suis dit : si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferai jamais. »

En 2012, elle ouvre Tempero dans le 13ᵉ arrondissement de Paris. Pendant huit ans, son adresse séduit par sa générosité et son engagement : produits d’Île-de-France, cuisine sans gaspillage, accessibilité revendiquée. Le succès est au rendez-vous.

L’exigence et l’écoute

Son parcours la conduit également à ouvrir un restaurant au sein d’un hôtel cinq étoiles à Bandol. Une nouvelle étape, plus structurée, plus exigeante.

« Ce qui compte, c’est le client. On écoute, on s’adapte, on reste vrai. »

Elle poursuit aujourd’hui son aventure avec de nouveaux projets, entourée notamment d’Aurélien Gil-Artagnan, ancien chef sommelier du restaurant gastronomique La Réserve. Ensemble, ils construisent des accords précis entre vins, bières et une cuisine vibrante d’authenticité.

Le goût du poisson

Si elle devait définir sa signature, elle hésiterait. « Je ne sais pas si j’ai un plat signature… »

Mais elle évoque volontiers ses Saint-Jacques au bouillon coco, un plat délicat qui rappelle immédiatement le Brésil.

Et si on lui demande si elle préfère la viande ou le poisson, la réponse est claire :

« Je suis plutôt poisson. J’adore le poisson. C’est très technique. Une viande peut pardonner. Le poisson, non. Il faut le respecter. Quand il est bien cuisiné, c’est magnifique. »

Une cuisine profondément humaine

 

Au fond, rien n’a changé depuis la ferme de son enfance. La cuisine d’Alessandra Montagne-Gomes reste guidée par le bon sens, la transmission et le respect du produit.

Elle ne cherche pas l’esbroufe. Elle cherche l’émotion.

Parce que pour elle, cuisiner, ce n’est pas seulement nourrir.
C’est relier.
Partager.
Et raconter une histoire entre deux rives, du Brésil à la France.

Crédits photos : Arnaldo Ferreira